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Bips et stress à l'hôpital : Les avancées technologiques pour une meilleure gestion sonore




L'environnement sonore des hôpitaux est souvent chaotique et bruyant, rempli de multiples sources de sons, dont les alarmes perçantes et répétitives. Ces alarmes, bien qu'essentielles dans le système de surveillance et de soins hospitaliers, causent du stress tant chez les patients que chez les soignants.


L'impact des bips d'alarme à l'hôpital:


La combinaison de bruits tels que les portes qui s'ouvrent et se ferment, le bruit des chariots et le brouhaha des conversations, crée une cacophonie ambiante pouvant atteindre les 90 décibels (dB). Même en période de calme relatif, les niveaux sonores dans les hôpitaux dépassent souvent les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise un maximum de 35 dB. En effet, une étude menée en 2013 par les agences régionales de santé du Centre et du Limousin a révélé que les nourrissons des services de néonatologie étaient exposés à des pics sonores atteignant 120 dB.


Les alarmes générées par les équipements de surveillance médicale contribuent à cette pollution sonore persistante et répétitive. En moyenne, un patient entend plus d'une centaine d'alarmes par jour, dont la plupart sont déclenchées de manière erronée ou ne présentent aucun signe clinique significatif. On estime que 80 à 99 % des alarmes déclenchées dans les unités hospitalières sont fausses ou cliniquement insignifiantes. Cette surabondance d'alertes sonores entraîne de l'anxiété chez les patients, perturbe leur sommeil et peut même causer des troubles du stress post-traumatique. Pour le personnel soignant, les bips incessants entraînent de la fatigue, une diminution de la concentration, des temps de réaction prolongés et un risque accru de ne pas prendre en charge une urgence médicale. Une étude de 2016 a même révélé que 200 décès par an étaient attribuables à des problèmes liés aux alarmes défectueuses ou à des erreurs d'interprétation.


Rationalisation des alarmes


Face à cette problématique, il est impératif de repenser les systèmes d'alarme hospitaliers. Une approche consiste à rationaliser la distribution des alarmes en les dirigeant uniquement vers les professionnels de santé les plus pertinents plutôt que de les transmettre à tous les intervenants simultanément. Cela nécessite une nouvelle organisation dans laquelle tous les équipements médicaux sont connectés à un système informatique centralisé, capable de répartir les alarmes en temps réel. Le signal d'alarme est d'abord dirigé vers la personne la mieux placée pour y répondre. En cas de non-réponse, l'alerte est transmise à un autre membre du personnel, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle soit prise en charge. Cette approche permettrait de réduire le nombre d'alertes sonores inutiles et d'optimiser la gestion des situations d'urgence.


Des chercheurs allemands ont développé en 2015 un algorithme visant à limiter les déclenchements d'alarme pour les variations mineures des signaux surveillés. Cet algorithme établit un seuil prédéfini autour duquel les variations sont considérées comme insignifiantes. Par exemple, l'alarme cardiaque ne se déclencherait que si le rythme cardiaque augmente de plus de 3 %. Cette approche permettrait d'éliminer un pourcentage élevé d'alertes inutiles. Des chercheurs brésiliens et canadiens ont également exploré une approche similaire en utilisant l'intelligence artificielle pour regrouper plusieurs signaux sonores déclenchés sur une courte période, sans compromettre la sécurité du patient.


Intégration d'informations et amélioration des sons d'alarme:


Outre la rationalisation des alarmes, une autre piste d'amélioration prometteuse consiste à modifier les sons utilisés par les appareils de surveillance. Les bips traditionnels sont souvent désagréables pour les tympans et ne fournissent que peu d'informations aux soignants. En 2020, la norme CEI 60601-1-8, établie par la Commission électronique internationale, a été actualisée pour introduire un système d'"icônes auditives". Ces icônes auditives fonctionnent comme des métaphores sonores, associant des sons spécifiques à des informations médicales précises. Par exemple, un son liquide pourrait indiquer un changement dans la perfusion, tandis que des battements de cœur pourraient attirer l'attention sur une variation du rythme cardiovasculaire. Ces marqueurs sonores sont audibles à des intensités inférieures à celles des bips traditionnels. De plus, l'utilisation de signaux vocaux explicites et compréhensibles a également fait ses preuves. Cela évite aux soignants de devoir mémoriser la signification des différents bips qui ne portent aucune information.


Vers un environnement sonore plus paisible et efficient:


L'intégration progressive d'informations dans les alarmes hospitalières permet de créer un paysage sonore qui renseigne sur l'état et les besoins des patients. Cette approche va au-delà des simples alarmes en transformant les données physiologiques en notes, mélodies et tempos, créant ainsi une "biomusique". Une musique douce et apaisante pourrait indiquer un état calme et serein, tandis qu'une mélodie plus rythmée et aiguë pourrait exprimer de l'anxiété, un mal-être ou une douleur. Cette approche, initialement développée pour les enfants autistes non verbaux, pourrait trouver sa place dans la conception d'un environnement sonore plus paisible et propice à la guérison. En intégrant la musicalisation de l'état du patient dans l'organisation hospitalier, on pourrait créer un environnement plus hospitalier et favoriser le bien-être tant des patients que du personnel soignant.


Cependant, il est important de souligner que la transformation du paysage sonore hospitalier ne peut pas se faire du jour au lendemain. Cela nécessite une coordination et une collaboration étroite entre les professionnels de la santé, les ingénieurs, les concepteurs sonores et les fabricants d'équipements médicaux. De plus, des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer l'efficacité et l'acceptabilité de ces nouvelles approches.


Dans l'ensemble, il est évident que les bips d'alarme à l'hôpital sont une source de stress et de perturbation pour les patients et les soignants. Pour améliorer la qualité des soins et créer un environnement plus calme et plus propice à la guérison, il est crucial de repenser les systèmes d'alarme hospitaliers. Cela implique la rationalisation des alarmes, l'utilisation d'algorithmes intelligents pour réduire les alertes inutiles, l'adoption de sons plus informatifs et moins agressifs, et éventuellement, la transformation des données physiologiques en biomusique.


En mettant en œuvre ces mesures, les hôpitaux pourront offrir un environnement sonore plus paisible, réduire le stress des patients, améliorer la concentration et la réactivité des soignants, et en fin de compte, fournir des soins de meilleure qualité. Il est temps que l'hôpital fasse sa mue sonore pour le bien-être de tous ceux qui y séjournent et y travaillent.


Source : Article de Stéphane Davoine sur Audiologie Demain : https://audiologie-demain.com/malade-de-ses-bips-lhopital-doit-faire-sa-mue-sonore

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